Fondation euro-méditerranéenne pour le dialogue entre les cultures

Tendances interculturelles et changement social dans la région euro-méditerranéenne

Posted on 17/06/2014

Par Ahmad Aminian (Centre Culturel Omar Khayam) et Marjon Goetinck (Institut MEDEA)

Paru sur le site de l’Institut MEDEA

La Fondation Anna Lindh a réalisé un sondage (mené par Gallup) dans 13 pays, dont la Belgique, sur les tendances interculturelles dans la région euro-méditerranéenne. Le rapport, intitulé ‘Tendances Interculturelles Euro-Med 2013’, se base sur une enquête d’opinion  sur un échantillon de 13 500 personnes vivant sur les deux rives de la Méditerranée, en parallèle d’analyses réalisées par des experts sur les enjeux clés qui alimentent actuellement les débats publics tels que « l’islam, l’Occident et la modernité » ; ‘ »les médias et les perceptions interculturelles » ; « les différences et les similarités dans les systèmes de valeur », ou encore « les perspectives régionales de paix ».

Ahmad Aminian, du Centre Culturel Omar Khayam (membre du réseau belge de la Fondation Anna Lindh), et Marjon Goetinck, de l’Institut MEDEA (chef de File du réseau belge), ont analysé les résultats du sondage au niveau belge. Vous trouverez ci-après un cadre d’analyse de ces résultats qui intègre des éléments sur la situation actuelle de la société civile belge, en relation avec les changements en cours dans la région euro-méditerranéenne.

anna lindh report

Cadre d’analyse des résultats du sondage mené au niveau belge:

Quand les Belges regardent la Méditerranée

Depuis 2011, les images de foules à Tunis et au Caire ont fait le tour du monde. Ce soulèvement populaire survenu sur la rive sud de la Méditerranée a suscité de l’espoir ; pourtant l’incertitude qui entoure aujourd’hui la poursuite du mouvement se traduit par la poussée d’un sentiment d’inquiétude au sein des opinions publiques européennes. Cette appréhension est structurée essentiellement autour des conséquences politiques, mais surtout migratoires de ces événements.

Lorsqu’on analyse les résultats du questionnaire de la Fondation Anna Lindh sur les tendances interculturelles et les changements sociétaux en Belgique, nous constatons qu’il existe une certaine cohérence entre les réponses données et ce que nous avons dit précédemment. Les attentes des Belges par rapport à la démocratie et leur relation avec des pays arabes de la Méditerranée à la suite du «printemps arabe » démontrent plutôt leur inquiétude. La plus grande partie des Belges (39%) pensent que les conséquences liées aux changements sont négatives pour les relations entre l’Europe et les pays arabes. Une autre partie des Belges, presque le même score (37%), pense que ces changements sont positifs pour les relations euro-arabes. Il est intéressant de noter aussi que 12% des sondés n’ont pas d’opinion sur cette question, ce qui tend à montrer un manque de connaissance sur les changements significatifs en cours dans la région.

Les interviewés lient la Méditerranée principalement à l’Espagne, l’Italie et la France, suivis de loin par les pays du sud et de l’est de Méditerranée. Moins de la moitié des pays méditerranéens sont en effet mentionnés (10 sur 23 pays) par les sondés belges. Cela révèle une fois de plus un manque de connaissance basique sur cette zone.

En outre, les résultats du sondage démontrent que l’interaction des Belges avec le SEM (Sud et Est de la Méditerranée) est avant tout le résultat d’un déplacement touristique et professionnel. C’est ainsi que l’interaction ne produit pas une connaissance significative de ces pays et se limite à la nourriture et au témoignage du mode de vie. De l’autre côté, 24% des questionnés répondent qu’ils ont rencontré ou parlé à une (ou plusieurs) personne(s) d’un pays bordant la rive sud et est de la mer Méditerranée dans un autre cadre. En effet, il faut penser aux contacts entre les immigrés venants des pays SEM et leurs pays d’origine, étant donné que sur la dernière décennie, la Belgique a vu arriver une entrée nette d’immigrants de près d’un demi-million de personnes, soit 4,5% de sa population.

Concernant les caractéristiques de la région méditerranéenne, les sondés citent d’abord les caractéristiques positives telles que le mode de vie et la nourriture méditerranéens, l’hospitalité, l’histoire et le patrimoine culturel commun avant de citer les caractéristiques plus négatives (résistance au changement, agitation, insécurité, source de conflit). Mais les Belges apprécient quand même l’importance de la solidarité familiale, de la spiritualité et de l’éthique dans ces pays. Il est d’ailleurs intéressant de voir que les Belges choisissent en grande majorité l’espace européen ou occidental plutôt que les pays SEM pour recommencer une nouvelle vie.

Questions de migration et de cohésion sociale

C’est dans le contexte migratoire d’après la Deuxième Guerre mondiale que se sont développés les flux migratoires des Turcs et des Marocains en Belgique, qui forment les principales communautés non-européennes dans le pays. Le 17 février 1964, la Belgique concluait avec le Maroc un accord bilatéral relatif au recrutement de main-d’œuvre marocaine pour les besoins de l’économie belge. C’est par référence à cette date, que s’annoncent, en 2014 la commémoration des 50 ans et la célébration de toutes les immigrations et du vivre-ensemble.

Les migrations et la question d’intégration sont au centre de multiples débats publics en Belgique comme en Europe. Les problèmes de montée des radicalismes religieux, de discrimination, de chômage et de rejet sont au sein d’une société profondément marquée par la diversité des origines des individus qui la composent.

Dans l’optique du respect des autres cultures, la grande majorité des Belges (86%) pense que les gens de différents milieux culturels, politiques ou religieux devraient avoir les mêmes droits ou les mêmes possibilités de participer à la vie publique. A leurs yeux, la diversité culturelle et religieuse est importante pour la prospérité de leur société. Mais il faut aussi signaler que 46% des Belges considère également la diversité culturelle et religieuse comme une menace pour la stabilité de la société.

Actions et dialogue interculturelle en Belgique

En effet, si de nombreuses difficultés d’insertion sociale spécifiques au vivre-ensemble sont signalées, la promotion de la diversité culturelle comme créatrice de richesse et le développement des réseaux d’information et de collaboration au sein de la société belge, mérite d’être soulignée. La valorisation identitaire des migrants et des jeunes issus de l’immigration dans le contexte de la diversité culturelle est une action indispensable dans ce pays où cohabitent diverses formes d’expressions culturelles. Partant de leurs propres ressources identitaires, les acteurs culturels d’origine étrangère peuvent développer diverses stratégies de contournement des obstacles et accéder à une expression valorisante. Des projets de coopération entre jeunes belgo-belges et jeunes issus de l’immigration entre autres aident à déconstruire les stéréotypes mutuels. Un défi de taille dans ces projets est de s’assurer qu’un large public y ait accès et ne se limite pas au public déjà sensibilisé à la cause de la diversité. Il faut donc à tout prix réaliser des collaborations avec les médias de masse.

Conclusion

L’image projetée sur les pays SEM et leur histoire démontre la dominance d’une vision exotique teintée de préjugés, due à une certaine méconnaissance et un manque flagrant d’information. Ce constat met en avant la nécessité d’un travail critique et dynamique sur la diversité et l’égalité dans le domaine de l’apprentissage et des médias pour sensibiliser, susciter la réflexion et l’action, afin de renforcer profondément la connaissance réciproque des pays euro-méditerranéens.