Fondation euro-méditerranéenne pour le dialogue entre les cultures

Les arts pour le changement, retour sur le festival culturel de Taroudant

Posted on 06/05/2014

Par Marjon GoetinckInstitut MEDEA

Paru sur le site de l’institut MEDEA

Le réseau belge de la Fondation Anna Lindh, coordonné par l’Institut MEDEA a participé à un rassemblement important sur le thème de « l’Art, Instrument & Expression des transformations sociales» du 10 au 12 avril dernier. Cet événement était organisé par le réseau marocain de la Fondation Anna Lindh avec le soutien de l’Union européenne et des autorités locales du Royaume du Maroc. Les organisations de la société civile de 7 pays euro-méditerranéens se sont rencontrées à Taroudant (Maroc), ville multiculturelle et multiconfessionnelle au Sud du Maroc.

Plus de 120 participants de Belgique, d’Espagne, d’Irlande, du Luxembourg, du Maroc, de Suède et de Tunisie provenant de 62 organisations membres travaillant dans le domaine de la culture et des arts se sont réunis pour célébrer la diversité des instruments et expressions artistiques et l’héritage commun de la région. De plus, cette initiative visait à mobiliser la société civile locale et à créer des opportunités pour la communauté locale à travers des ateliers dans des écoles, des espaces pour les bonnes pratiques, des spectacles de rue et des expositions artistiques.

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Plus de 120 personnes ont participé au festival culturel de Taroudant. La création artistique et l’idée de communauté culturelle méditerranéenne sont au coeur des bouleversements en cours dans la région, et ont été mis en avant lors du festival.

A l’inauguration du festival, en présence d’El Habib Choubani, ministre marocain chargé des relations avec le Parlement et la société civile, Mohamed Fahmi, chef de file du réseau marocain de la Fondation Anna Lindh, explique que « cet événement s’inscrit dans le nouveau contexte d’engagement civique présent dans la région méditerranéenne et les transformations profondes dans nos sociétés euro-méditerranéennes».

Certes, les soulèvements qui se sont déroulés depuis 2010 et dont certains se poursuivent dans de nombreux pays méditerranéens, ont affecté directement l’histoire contemporaine, ainsi que le paradigme de la coopération culturelle entre les deux rives de la Méditerranée. Toute une génération d’écrivains et d’artistes jeunes et audacieux a de plus en plus recours à la scène pour créer un dialogue social et ouvrir des espaces de contestation et de subversion.[1] Mais la rue est aussi devenue un lieu central pour répandre la culture, pour se différencier des lieux habituels de représentation. Des espaces urbains ont émergé comme des pépinières suscitant de nouvelles idées et des changements positifs. Dans ce nouveau contexte, comment pouvons-nous réinventer la coopération culturelle en Méditerranée? Qui doivent être les principaux acteurs? Quels sont les besoins et priorités aujourd’hui?

A travers des débats tenus à l’université de Taroudant, les représentants des pays ont partagé leurs idées sur ces enjeux et ces questions. Lilia Lahmar de Tanit Arts (Tunisie) a remarqué qu’en temps actuel de crise, les créations artistiques se multiplient, les acteurs artistiques explorent de nouvelles formes artistiques qui créent des visions originales et novatrices en impliquant davantage les communautés locales. Les dix dernières années ont vu la création de nouveaux théâtres indépendants, des compagnies de danse, des groupes de musique, des maisons d’édition, des galeries, des chercheurs culturels, et ainsi de suite. Tous partagent un désir de se démarquer des institutions officielles et d’explorer de nouvelles sensibilités artistiques et littéraires.

Jamal Youssfi de la Compagnie des Nouveaux Disparus (Belgique) relevait la question du clivage entre culture élitiste et populaire. « Quelle égalité est possible entre la culture qui a “les moyens” et celle qui ne les a pas? Pour réduire ce clivage, au-delà des débats interminables, il faut descendre dans la rue, faire un travail de recherche de réflexion auprès des citoyens afin d’arriver à avoir une égalité culturelle pour tous », dit-il. Mohammed El Hassouni de Théâtres Nomades (Maroc) ajoute : « En tant qu’artistes, nous sommes souvent loins de la société. Il faut parler le langage des gens avec lesquels on veut travailler. Il faut travailler au plus proche, pour se nourrir de la matière de gens. L’art ne peut être que proche du peuple. Il faut amener la création contemporaine au quartier. Il faut se demander comment nous, artistes, nous pouvons arriver à penser autrement.»

Il est essentiel que les arts et la culture fassent partie du processus de construction de nouvelles structures politiques et sociales. Parvenir à jouer ce rôle signifie avoir accès aux ressources financières, impliquer les groupes défavorisés et les jeunes, une promotion de programmes d’échanges destinés aux acteurs artistiques et soutenir les espaces culturels indépendants et libres. Eduard Miralles, de la Fondation Interarts et conseiller des relations culturelles à la ville de Barcelone en est convaincu : « Nous devrons promouvoir la culture comme quatrième pilier du développement durable et l’inscrire dans l’Agenda du Développement post-2015 ».[2]

Bien évidemment, la mobilité artistique demeure un besoin de base et un outil pour une coopération sérieuse. Cette rencontre à Taroudant, porteur d’une réflexion intelligente sur l’art et les transformations sociales, a répondu parfaitement à la nécessité d’offrir des espaces d’échange et de création de projets. Vu le succès de cette première édition, le réseau belge de la Fondation Anna Lindh encourage vivement à renouveler cette expérience l’année prochaine.


[1] « Mettre en scène la transition nordafricaine : les productions théâtrales après le printemps arabe », Cleo Jay : http://www.iemed.org/observatori-fr/arees-danalisi/arxius-adjunts/anuari/iemed-2013/Jay%20theatrales%20printemps%20arabe%20FR.pdf

[2] L’intervenant a cité l’initiative mondiale « l’Agenda 21 » qui lutte pour la présence de la culture dans l’Agenda du Développement post-2015.